À vingt-quatre ans, la violoncelliste russe Anastasia Kobekina, adoubée par Vladimir Spivakov, Valery Gergiev, Heinrich Schiff et Gidon Kremer, affiche déjà une somptueuse carrière dans son pays natal. Soucieuse de continuer à se former auprès de personnalités inspirantes, elle a choisi la France, dont elle aime la culture, la langue et l’esprit.

Anastasia Kobekina, née à Ekaterinbourg, a tout d’une enfant prodige : des premières notes pianotées dès trois ans, un violoncelle mis entre les mains par un père pianiste compositeur et une mère professeure de musique à quatre ans, un premier concert avec orchestre à six, une rencontre avec Vladimir Spivakov à treize qui la prend sous son aile et la place volontiers comme soliste de ses Virtuoses de Moscou. C’est avec lui qu’elle fait sa première tournée de concerts hors de Russie, et il continue à la soutenir dans son cheminement musical.


« Il a toujours été extrêmement généreux avec moi, confie la jeune violoncelliste. C’est lui qui m’a offert, pour mes dix-huit ans, le très bel instrument avec lequel j’ai joué, un Giovanni Guadagnini de 1745. »

Il y aura aussi les collaborations avec Valery Gergiev et l’Orchestre du Mariinsky, Krzysztof Penderecki, Heinrich Schiff, Gidon Kremer et sa Kremerata Baltica, Yuri Bashmet, Fazil Say, Denis Matsuev…

LE PARTAGE D’ÉMOTIONS AVEC LE PUBLIC

S’il lui semble normal, dans sa famille de musiciens et avec les facilités dont elle fait preuve, que la musique tienne une place prépondérante dans son enfance, Anastasia Kobekina réalise un peu plus tard combien le violoncelle et la scène combleront sa vie à venir.


« Je me sens bien lorsque je partage avec un public, (je partage ma musique ou mes émotions) explique-t-elle. Cet échange formidable me procure un grand bonheur. »

Anastasia Kobekina ne considère pas pour autant que tout est acquis. Lauréate de la bourse Steingenberger/Rath, elle voit comme une véritable chance de pouvoir aller étudier, en Allemagne en 2012, alors qu’elle est diplômée de l’École centrale de musique de Moscou, à la prestigieuse Académie Kronberg auprès de Franz Helmerson. Et, six ans plus tard, de suivre les cours de Jérôme Pernoo, rencontré au Festival de musique de chambre de Guéthari, au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.


« Il est toujours très intéressant et formateur de s’inspirer d’autres musiciens, livre-t-elle. Jérôme a toujours énormément d’idées. Chacune de ses leçons me fait découvrir quelque chose. Avec mon instrument, je veux avant tout raconter des histoires, transmettre des émotions. »

LA FRANCE POUR PAYS D’ADOPTION

Ce choix de la France se fera de concerts en festivals, qui lui offrent de belles rencontres après celle des grandes figures de la musique en Russie. Pascal Escande est le premier à l’inviter à jouer en France, au Festival d’Auvers-sur-Oise. Le label du festival, DiscAuverS, édite un DVD de la violoncelliste avec Anna Fedorova et son premier CD, enregistré avec Paloma Kouider, sorti le 11 octobre 2018 et distribué par SOCADISC.


« Nous avons choisi un répertoire qui m’est cher, Miaskovki, Franck et Stravinsky, très tourné vers la France, pour montrer ce que je sais faire et ce que j’aime. Ce disque est sorti sous un label français, ce qui a aussi beaucoup de sens pour moi. »

MUSIQUE DE CHAMBRE ET CONCERTANTE

Renaud Capuçon, avec qui elle joue en formation de chambre, la programme également à Gstaad et au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Ce sont autant de nouvelles portes qui s’ouvrent à elle et marquent un tournant dans son parcours de musicienne.

À l’aube de cette nouvelle vie en Occident, Anastasia Kobekina n’a pas envie de planifier la suite. Elle n’imagine pas un instant que les rencontres spontanées qui jusqu’ici lui ont porté chance ne se multiplient pas. Pour la musique de chambre autant que pour le concerto, qu’elle pratique à peu près à égalité, elle se laisse la possibilité de jouer avec des partenaires, chefs et orchestres avec lesquels toutes les expériences seront belles à vivre.

UN NOUVEAU DISQUE

Grâce au prix Thierry Scherz des Sommets Musicaux de Gstaadt remporté en 2018, la jeune violoncelliste russe Anastasia Kobekina, enregistre avec le label Claves, le concerto pour violoncelle et orchestre de Chostakovitch, la Fantaisie pour violoncelle et orchestre de Weinberg et Bacchants pour violoncelle et orchestre de Kobekin, avec l’Orchestre Symphonique de Berne, dirigé par Kevin John Edusei.

Janvier 2019 – par Claire Boisteau