« Il faut toujours se renouveler en vivant de multiples expériences »
Léo Warynski

Le chef français Léo Warynski embrasse la musique non à la verticale mais à l’horizontale, largement ouverte sur des expériences variées et inspirantes avec ses ensembles Les Métaboles et Multilatérale, mais aussi avec d’autres formations comme accentus, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg ou l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie. Invité au Festival d’Aix-en-Provence pour diriger l’opéra Seven Stones d’Adámek début juillet, il ouvrira le festival Musica en septembre avec l’oratorio psychédélique 200 Motels de Frank Zappa, qu’il redonnera fin septembre à la Philharmonie de Paris.

Léo Warynski © Manuel Braun

L’expérience du geste juste

Très jeune confronté à la scène et aux émotions qu’elle procure dans le cadre des concerts qu’il donne avec la Maîtrise de Colmar, Léo Warynski réalise assez vite qu’être chef correspond à ce qu’il aime faire, que la direction est le champ musical qui lui ouvre le plus de possibilités de réflexion et lui correspond le mieux dans sa complétude. François-Xavier Roth, au CNSM de Paris, lui enseigne toutes les facettes du métier, lui transmet une énergie, un esprit d’initiative qui le fascinent. Avec Pierre Cao, ensuite, il fait l’expérience du geste juste, du travail exigeant et extrêmement approfondi, du dépassement de soi-même.


Si ces deux mentors sont au point de départ de sa carrière, nombreux sont les chefs qui l’inspirent. « Un grand chef est un musicien totalement en phase avec lui-même, avance Léo Warynski. Il y a autant de manières de diriger que de personnalités. » Celle du jeune chef de 36 ans se démarque de ses pairs depuis déjà plusieurs années : transmettant avec enthousiasme, nourri par l’orchestre autant que par le chœur, il puise auprès de l’un ce qui teinte son travail avec l’autre, et réciproquement.


« Ma pratique de la direction d’orchestre comme celle de la direction de chœur aiguisent mon oreille, affinent ma perception, dit-il. La voix me permet d’envisager le geste avec plus de spontanéité, m’apporte une respiration. Mais aux chanteurs je parle aussi coups d’archet, attaques, justesse, pulsation. »

Léo Warynski © Manuel Braun

Sans cesse se renouveler

Cette pluralité des angles d’approche sert aussi bien Les Métaboles, un chœur de 16 à 24 chanteurs créé par Léo Warynski en 2010 pour interpréter le répertoire des XXe et XXIe siècles, que l’Ensemble Multilatérale, une formation instrumentale dont il prend la tête en 2014. Avec eux, il explore les répertoires qu’il aime, enregistre des disques aux programmes inédits et pédagogiques – grand angle sur la musique d’Europe de l’Est pour le premier, sur un siècle et demi de musique américaine pour le deuxième.


Mais il trouve son équilibre en répondant également aux invitations d’autres formations. 

« Il faut toujours se renouveler en vivant de multiples expériences, explique-t-il. Il est important pour moi de continuer à développer ma carrière individuelle de chef. C’est une façon d’envisager de toujours progresser. »

Prendre la direction d’une formation permanente tomberait à point nommé pour les années à venir : il y verrait, tout en continuant à faire grandir harmonieusement Les Métaboles et Multilatérale – et en initiant toujours plus de rencontres entre les deux –, la possibilité de travailler du répertoire tout en développant un répertoire de création.


Car le cœur de Léo Warynski penche fortement vers la musique d’aujourd’hui.

« Je ne cherche pas à la défendre, simplement à la faire vivre. Il est important de susciter la création, de donner leur chance à des compositeurs vivants, de leur fournir un chœur et un orchestre comme laboratoire expérimental. La musique a besoin de cela. Et j’aime particulièrement la collaboration avec les compositeurs »

Toujours à l’affût, la curiosité en éveil, il lit énormément de partitions, étudie de nombreux projets, sans jamais se limiter à une époque ou à un style : son intense activité des premiers mois de 2018 l’a conduit à diriger aussi bien Carter, Donatoni, Bussotti ou l’opéra Papillon noir de Yann Robin que Tchaïkovski, Rachmaninov, Saint-Saëns, Brahms, Debussy ou encore La Sirène d’Auber, avec l’Orchestre Les Frivolités Parisiennes.

Juin 2018 – par Claire Boisteau