Une nature profondément humble devant la musique, une technique aiguisée auprès des plus grands maîtres du piano, une sensibilité caressée par une triple culture – japonaise, allemande et française –, un rapport au temps qui lui fait envisager sous l’angle d’un perpétuel renouvellement les répertoires qu’elle aime : la pianiste Momo Kodama illumine cet automne parisien, à la Philharmonie, à La Scala et au Théâtre des Champs-Élysées avec l’Orchestre de chambre de Paris.

MULTIPLIER LES ANGLES D’APPROCHE

Au piano, Momo Kodama n’assène pas une vérité : elle lui préfère la suggestion, la transmission de son émerveillement, l’expression de l’inexprimable. Avec l’audace et la ténacité qui marquent ses convictions musicales, elle offre la musique en cadeau, en partage.


« Jouer une œuvre n’est jamais un aboutissement, confie celle qui aimerait qu’on la considère comme la plus japonaise des pianistes françaises. Le questionnement est permanent, rien n’est jamais figé. Il faut toujours creuser la partition comme si c’était la première fois, avec humilité, respect et sincérité. »

Momo Kodama voit ainsi son exploration des répertoires comme une histoire sans fin, son regard sur la partition perpétuellement enrichi tout ce qui la nourrit et l’imprègne. Son ouverture sur plusieurs pays, plusieurs cultures infléchit naturellement son abord de la musique et encourage la multiplication des angles d’approche : de l’Allemagne, où elle passe son enfance, elle aime la littérature, les paysages ; de la France, son pays d’adoption, le raffinement, le sens de l’esthétique, la liberté d’être soi-même ; du Japon, son pays d’origine, le rapport particulier au temps.

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Momo Kodama © Marco Borggreve

GORNOSTAEVA, SCHIFF, PERAHIA ET BRENDEL POUR MAÎTRES

À l’âge de treize ans, Momo Kodama entre au Conservatoire de Paris (CNSMDP) dans la classe de Germaine Mounier. Elle fera également la rencontre déterminante de Vera Gornostaeva (élève de Heinrich Neuhaus), András Schiff, Murray Perahia et Alfred Brendel.



« Tous sont reliés par leur nature fondamentalement humble et généreuse face à la musique. Cette profondeur m’a beaucoup inspirée et m’inspire toujours. »

Ses collaborations avec Seiji Ozawa, dont la grande disponibilité et l’humanité en font une sorte de « père spirituel musical », et Sir Roger Norrington, dont l’approche du phrasé et de l’agogique chez Mozart et Beethoven rendent la musique extrêmement vivante, l’enrichiront également beaucoup.

Momo Kodama © Jean-Baptiste Millot

ENTRETENIR NATURELLEMENT LES FILIATIONS

Au CNSMDP, Momo Kodama travaille aussi bien Bach que les romantiques ou Boulez, développe cette faculté de donner vie, souffle à une œuvre qui, ainsi traversée, gagnera d’autres oreilles, un autre cœur. Cette approche des répertoires sans distinction d’époque ni de style est fondamentale pour elle.


« J’aime participer à la naissance de nouvelles œuvres et les transmettre à la génération suivante, mais aussi les marier avec le répertoire classique pour tisser des liens à travers l’histoire de la musique. Il faut absolument que le fil ne soit pas coupé, que les choses ne soient pas figées, que l’évolution se poursuive. C’est un peu comme la pyramide du Louvre, qui met en vibration la pierre d’hier et les matériaux d’aujourd’hui, l’œuvre d’un architecte chinois et un palais des rois de France. »

Au cœur de son jardin secret trône Bach, entouré de Mozart, « le bonheur absolu », Chopin, son « premier amour », Schumann, l’exhausteur de saveurs d’enfance, Debussy, l’intime de toujours, et puis Messiaen et Toshio Hosokawa. Les jouer lui donne chaque fois plus envie de s’immerger dans leur univers, de tendre vers une plus grande proximité avec eux. Dans son disque le plus récent, elle met en miroir Debussy et Hosokawa, suggérant les « riches et secrètes correspondances » qu’elle a constatées entre ces deux univers musicaux.

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Momo Kodama © Marco Borggreve

UN GRAND AMOUR DE LA MUSIQUE DE CHAMBRE

Le récital n’est pas sa seule activité : très présente en concerto – elle en a une cinquantaine à son répertoire –, Momo Kodama occupe aussi la scène de la musique de chambre, qu’elle adore.


« C’est une part essentielle de mon répertoire. J’apprends beaucoup des cordes et des vents – les phrasés, le souffle, la résonance… Le piano joue toutes sortes de rôles, il faut s’interroger sur l’organisation du dialogue. C’est très nourrissant de jouer avec d’autres, la confrontation musicale est toujours source de questionnement. »

À deux pianos avec sa sœur Mari Kodama, elle est invitée pour l’inauguration de La Scala à Paris (22 septembre), avant son récital à la Philharmonie (14 octobre) et son concert au Théâtre des Champs-Élysées avec l’Orchestre de chambre de Paris (30 octobre).

Septembre 2018 – par Claire Boisteau