L’un des plus brillants pianistes de sa génération repart sur les routes cet automne. En duo avec Eric Le Lann pour leur hommage à Louis Armstrong, et avec son trio Deep Rivers (à noter le 24 septembre au Studio de l’Ermitage à Paris pour un concert avant-première exceptionnel). Paul sera également présent pour les 40 ans de Pianos aux jacobins le 28 septembre en récital Solo.
Matthieu Jouan, directeur de Citizen jazz, nous livre son portrait :

RÉVÉLATION

Je l’ai découvert à Rennes, lors du concert du Géraldine Laurent Quartet, au festival Jazz à l’étage en 2012. Il m’était inconnu et j’étais venu écouter la saxophoniste qui jouait du Charlie Parker. Mais de tout le concert, je n’ai entendu que les accords et les phrases de Paul Lay, discrètement à gauche de la scène, le sourire en coin et le regard bienveillant. Paul Lay (je prononçais encore Lait au lieu de l’Ail…).
Quel sens de l’harmonie ! Quel sens de la couleur ! Je n’avais pas entendu d’aussi beaux accords si subtilement enchainés depuis longtemps. Je suis rentré avec la certitude d’avoir entendu un des plus grands pianistes de sa génération. Je ne me suis pas trompé.

(c) Mathias Nicolas – Studio Hans Lucas

RECONNAISSANCE

Il a enchainé depuis les prix de circonstances : Concours de la Défense, Concours de Piano-Jazz de Moscou, Concours Martial Solal, Concours de Montreux, Prix Django Reinhardt de l’Académie du jazz … Il est également lauréat de mécénats et de dispositifs divers qui font de lui un représentant officiel du jazz français.
C’est ainsi qu’on le retrouve à jouer pour la journée Internationale du Jazz, dans le cadre de Marseille Capitale Européenne de la Culture, de The Bridge 2017 et avec la Mission pour le Centenaire 14-18. Toutes ces situations lui permettent d’être entendu dans de nombreux lieux et d’avoir les financements nécessaires pour explorer ses idées.

UN LEADER AFFIRME

Car s’il a commencé sa carrière comme sideman, brillamment il faut le reconnaître, ou comme membre de différents groupes, il aspire maintenant à plus d’autonomie, d’indépendance artistique, en quelques mots, il veut jouer sa propre musique. Et avant toute chose, ce fameux trio avec Isabel et Simon, rencontrés tous les deux au CNSM. Créé en 2013 à l’occasion d’Alcazar Memories, un programme de chansons provençales des années trente, voilà six ans qu’il tourne et patine les thèmes.

UN CRÉATEUR INSATIABLE

DEEP RIVERS
En 2018, c’est Deep Rivers qui est monté, à l’occasion du centenaire du premier concert de Jazz en France, un répertoire de chansons folkloriques américaines de la guerre de Sécession aux années folles. Ce trio permet à Paul Lay d’asseoir sa renommée d’arrangeur et de coloriste. Il n’y a qu’à écouter les reprises de ces chansons de l’avant dernier siècle pour voir comme il sait les rendre modernes et magnifiques. Le piano est toujours prédominant, mais laisse toujours l’impression à la voix et à la contrebasse d’être au centre du propos. C’est un jeu de gentleman, délicat et serviable. L’album sort chez Laborie en Janvier 2020.

THANKS A MILLION

C’est maintenant le duo qu’il forme avec le trompettiste Eric Le Lann autour du répertoire de Louis Armstrong qui lui permet d’exposer son jeu moderne dans un contexte très chantant et très classique. Auteur d’excellentes trouvailles rythmiques et harmoniques, il pousse Eric Le Lann dans ses retranchements. On dirait du Martial Solal dans l’approche sautillante et enjouée, dans l’humour aussi et cette infatigable mécanique, même si Paul cite facilement Hank Jones comme l’une de ses références.
THE PARTY
Il y a aussi le trio piano-basse-batterie avec lequel il enregistre ses compositions, The Party, composé de Clemens Van Der Feen et Dré Pallemaerts, récompensé par une presse dithyrambique.

BILLIE HOLIDAY PASSIONNÉMENT

Enfin, avec son projet Billie Holiday, passionnément, il poétise la chanteuse au piano solo en relation directe avec la vidéo d’Olivier Garouste. Ce projet voit également le jour à Nantes, comme Deep Rivers, lors de la Folle Journée de 2015 ; Nantes, une ville de jazz qui ne vole pas sa renommée. C’est en la quittant à bord du Queen Mary II pour la traversée en musique qu’il élabore un programme mêlant musique, vidéo et danse. Une idée de grande formation qui ne lui déplaît pas.

LA SUITE

Les prochaines années se dessinent autour du pianiste, avec une musique plus centrée sur ses arrangements, ses compositions, la sortie de son disque Deep Rivers en janvier 2020, et des créations transversales. A noter la prochaine: Beethoven at Night, à nouveau avec Olivier Garouste, aux prochaines folles journées de Nantes. Ré-inventions des plus belle pages de Beethoven en musiques et images.

Et il a le bagage pour tout se permettre : échappées improvisées, martellements et frénésies, délicates comptines et voicing spirituels. Il risque fort de nous étonner encore, maintenant que tout le monde sait prononcer correctement son nom.

Septembre 2019 – Matthieu Jouan