Dans la famille Leleu, Thomas a dû se faire un prénom. Son instrument, le tuba, aussi rare sous les feux de la rampe que discret dans l’orchestre, lui offre aujourd’hui une scène vierge où faire éclore des projets musicaux inédits et passionnants. Révélation soliste instrumental des Victoires de la musique classique 2012, le trentenaire joue aujourd’hui la carte de la multiplicité des formations et des répertoires afin de valoriser un instrument dont il est virtuose.

Pour Thomas Leleu, tout est beaucoup question de rythme et de tempo : né et élevé dans un univers familial musical, il pratique la percussion pendant plusieurs années avant de céder, à quinze ans, à sa passion première pour le tuba de son père. Deux ans plus tard, il est admis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. L’enseignement de Gérard Buquet et de Jens McManama le conduit à la récompense suprême, les conseils de Hans Nickel, à la Hochschule für Musik de Detmold, à des victoires remarquées aux concours internationaux de Markneukirchen en Allemagne, de Jéju en Corée du Sud et du Luxembourg. À dix-neuf ans, il intègre les rangs de l’Orchestre philharmonique de l’Opéra de Marseille en tant que tuba solo, où il officiera pendant une décennie parallèlement à ses débuts en soliste – associé entre autres à Jean-François Zygel, mais aussi déjà invité par de nombreux orchestres, salles et festivals.


UNE TOTALE LIBERTÉ DE CRÉATION

Son tempérament iconoclaste, son rejet des cadres et ses appétits musicaux lui font prendre, en 2017, un nouveau chemin, non formaté, qui révèle non seulement un talent rare rompu à tous les répertoires, mais aussi un instrument aux couleurs insoupçonnées: on le découvre classique, jazz, chanson, bossa nova, merengue ou mambo, improvisateur aussi, doté d’une palette de couleurs illimitée et de phrasés dignes du chant du violoncelle. 


« Il n’y a pas de tradition, s’enthousiasme Thomas Leleu, même si le tuba, chez moi, se transmet de père en fils depuis trois générations. C’est un instrument assez récent, dont le répertoire classique ne se développe que vers 1920-1930, à la faveur de l’amélioration de sa facture. Tout est donc à faire, tout est à créer ! Cela me donne une liberté totale ! »


Face à cet immense champ de possibilités – où la transcription et l’adaptation ont la part belle –, l’imagination du tubiste bouillonne. S’il ne cache pas sa boulimie de répertoires et son impatience à partager les expériences musicales les plus variées, il envisage chaque projet avec une grande exigence.


« Ce qui me plaît, c’est de toucher à tout, de chercher du répertoire, confie-t-il. Ce métissage m’est très naturel : il est le reflet des musiques que j’aime depuis toujours. »

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UNE GRANDE DIVERSITÉ DE FORMATIONS

Pour les servir, pas moins de sept formations sont nées à son initiative, aux associations forcément singulières, témoignant de la flexibilité avec laquelle son instrument mêle son timbre à celui des autres tout en respectant les équilibres : duo avec violoncelle, avec piano ou avec orgue, spectacle musical « The Tuba’s Trip » dédié au jazz et aux musiques du monde, sextet avec quintette à cordes, trio avec piano et vibraphone (la formation de son tout nouveau disque, Stories…), trio avec son frère(le trompettiste Romain Leleu) et l’accordéoniste Félicien Brut. Mais Thomas Leleu poursuit aussi ses intervention en soliste avec orchestre. D’ailleurs il vient de donner pour la troisième fois une série de concerts avec orchestre au Brésil en ce début février 2019, et y a aussi animé des master classes.


« La transmission est pour moi primordiale, précise-t-il. Cela amène à se remettre en cause. J’apprends énormément dans ces échanges. »


SOUPLESSE, PRÉCISION ET PROJECTION

Si le jeune tubiste est très attiré par l’Amérique du Sud, dont il aime les rythmes chaloupés, il assume aussi d’autres modèles : Marc Steckar, l’un des premiers tubistes solistes, familier des studios de la chanson française dans les années 1960 et créateur du groupe Steckar Tubapack ; Pablo Casals, Gautier Capuçon – « le phrasé, la sensualité et la sonorité du violoncelle m’ont toujours beaucoup inspiré » ; et surtout Richard Galliano, qui lui a écrit un concerto il y a quelques années – « la réalisation d’un rêve ».
Thomas Leleu a la chance de jouer un instrument dont les caractéristiques répondent parfaitement à ses besoins de souplesse, de précision et de projection, le tuba 2250 TL « French Touch », conçu avec lui par la marque Melton Meinl/Weston (Buffet Crampon).

janvier 2019 – par Claire Boisteau